Globish or not globish ?

Le globish, langue du troisième  millénaire ?

Le globish est une forme simple et pragmatique d’anglais, codifiée il y a une quinzaine d’années par un Français, Jean-Paul Nerrière, ancien vice-président d’IBM. Il a ainsi publié deux livres Don’t Speak English, Parlez Globish (2004) et Découvrez le Globish (2005) qui ont eu un certain succès en France et ont été traduits publiés en Espagne, Italie, Corée du Sud, Canada et Japon.

Le vocabulaire du « globish » se limite à 1 500 mots, des phrases courtes, une syntaxe simple et l’absence d’expressions idiomatiques ainsi que beaucoup de gestuelle…

globish caricature

Jean-Paul Nerrière estime que plutôt que d’essayer en vain de rivaliser avec l’anglais de la Reine, les étrangers qui doivent communiquer dans le cadre de leur travail devraient se contenter de cette version du « globish ». Il écrit :

“It is designed for trivial efficiency, always, everywhere, with everyone.”

(cette langue est conçue pour être efficace en toutes circonstances).

Et il invite les Anglo-saxons à l’apprendre faute de quoi leur anglais sophistiqué passera pour pédant auprès des étrangers qui parlent globish.

Cette position est à la fois intéressante et à mon sens critiquable.

Jean-Paul Nerrière n’a pas pour objectif de faire disparaître l’anglais ni les autres langues (en expliquant que ces langues doivent être préservées comme véhicules de culture), il a juste pour objectif de codifier une langue commerciale pratique, univoque qui permet de traiter des contrats. Et effectivement sur ce point il a raison : il n’y a pas besoin de plus de mots ni de syntaxes pour gérer des flux de marchandises, de capitaux, d’informations commerciales à travers le monde.

Par contre son idée se heurte à un grave problème impossible à résoudre : aucun anglophone, à mon avis, n’est vraiment prêt à parler le globish !

Imagineriez-vous faire la même chose en français ?… Accepter de simplifier son français en enlevant toute référence culturelle (proverbes, possibilités de faire des jeux de mots), en limitant son vocabulaire et en réduisant la syntaxe. Cela donnerait l’équivalent du langage infantilisant utilisé autrefois par les colons en Afrique : « Toi Mamadou conduire voiture directeur demain ? »

Au secours !

Je pense qu’aucun cadre britannique ni américain n’accepterait jamais de s’adresser ainsi, à l’oral comme à l’écrit à un collègue français, japonais ou égyptien du même niveau…Il aurait l’impression de parler à un enfant.

Quelle prononciation pour le globish  ?

On s’aperçoit souvent dans les réunions internationales que plusieurs groupes de locuteurs anglophones se forment : il y a d’abord les Anglo-saxons qui ont l’anglais comme langue maternelle et arrivent à se comprendre sans problème auxquels s’adjoignent les ressortissants des petits pays d’Europe du Nord (Norvège, Suède, Finlande, Danemark, Pays Bas, Islande…) qui ont visionné depuis leur enfance des films anglo-saxons en version originale sous-titrée.

Ensuite on a un groupe de locuteurs qui ont pour langues maternelles des langues romanes (français, espagnol, italien…) auquel s’ajoutent les locuteurs qui ont l’arabe pour langue maternelle : on a un groupe de gens qui se comprennent souvent bien entre eux quand ils parlent anglais car ils ont un peu les mêmes problèmes de prononciation sur les mêmes sons (les  2 « th », le  « r »,  le « i » etc…) et placent bizarrement l’accent tonique (ou n’en mettent aucun !)

Enfin on a les autres, notamment les Asiatiques (Chinois, Indonésiens, Thaïlandais, Japonais…) qui,  quand ils parlent un anglais  même courant ont une prononciation très particulière et difficile à comprendre à la fois par les anglophones et par les autres… sauf s’ils ont pu aller étudier longuement dans un pays anglophone.

Le problème des accents

Car comprendre quelqu’un qui parle couramment une langue même s’il a un accent ne pose pas vraiment de problème quand on est soi-même vraiment à l’aise dans la langue et donc capable de faire répéter, d’utiliser d’autres tournures, d’autres mots pour clarifier la situation. Par contre le problème des accents devient parfois presque insurmontable quand l’un des deux locuteurs (voire les deux) maîtrise insuffisamment la langue : il n’a parfois pas assez de ressources pour réussir à comprendre le mot-clé bizarrement  prononcé que l’autre lui répète pourtant plusieurs fois ne sachant pas comment en trouver un autre mieux adapté. Or souvent l’incompréhension à l’oral porte justement sur le mot-clé qui donne sens à la phrase et permet de débloquer tout  le reste.

Voilà pourquoi je pense que le problème lié à la difficile prononciation de l’anglais et à ses grandes variantes à l’oral en fait une langue qui n’est pas du tout pratique ni performante pour la communication internationale orale même si à l’écrit elle est pertinente dans des transactions commerciales.

« Turn left right now » 

Le linguiste Claude Hagège dans un ouvrage assez récent Contre la pensée unique (Odile Jacob 2012), s’insurge contre la montée en puissance de l’anglais dans la communication qu’il rend responsable du développement d’une pensée unique et dont il montre les limites dans certains domaines.

Ainsi le contrôle aérien se fait partout dans le monde en anglais puisque telle est la réglementation. Pourtant Claude Hagège met  en évidence que la langue anglaise, par sa polysémie et son caractère elliptique, qui sont deux éléments intrinsèques à cette langue n’est peut-être pas très adaptée à proposer des consignes claires et univoques à un pilote en perdition. Il parle d' »ambiguïtés fatales ».

Quand un pilote en panique entend, depuis la tour de contrôle (prononcé avec on ne sait trop quel accent) : « Turn left right now » dans quel sens orientera-t-il son manche à balai ? On peut aisément concevoir que « Babord toute » aurait été un ordre plus facile à exécuter !

Que faire ?

Bref vous l’aurez compris je ne pense pas que le globish soit une solution suffisamment adaptée à la communication internationale orale même s’il est incontournable dans certains domaines.  Il est difficile de prendre l’avion aujourd’hui dans ce monde mondialisé sans comprendre ni parler le globish. Les professionnels du tourisme, quelle que soit leur nationalité, doivent absolument parler et comprendre le globish au quotidien.

Mais je pense qu’en France  où  nous recevons beaucoup de touristes européens qui ont appris des rudiments de notre langue qu’ils n’osent pas utiliser, nous gagnerions à répondre en français à leurs questions en globish,  en articulant, en répétant et en repassant éventuellement au globish pour vérifier que nos interlocuteurs ont bien compris le message.

Nous montrerions ainsi que nous ne sommes pas bloqués sur l’idée d’utiliser cette langue véhiculaire mais que, ne l’utilisant que fort peu dans notre quotidien de pays globalement unilingue, nous sommes beaucoup plus sympathiques, précis  et chaleureux quand nous parlons notre langue maternelle... Nous encouragerions ainsi nos interlocuteurs en vacances à oser parler français et essayer de le comprendre. C’est peut-être une piste pour tisser plus de liens entre Européens.

Quelques références

Pour terminer je vous renvoie donc à la lecture de cet ouvrage de Claude Hagège :

Claude Hagège Contre la pensée unique

Né en 1936, professeur honoraire au collège de France c’est un linguiste qui s’est illustré notamment dans la défense de la langue française (le Français et les Siècles, Combat pour le français), du bilinguisme précoce (L’Enfant aux deux langues) et la diversité linguistique (Halte à la mort des langues).

 

Je vous renvoie également au site Internet de Jean-Paul Nerrière et son « Globish the World Over » : Globish par J.P. Nerrière

Et pour finir je renvoie à mes 2  articles sur l’espéranto, cette langue qui a été justement conçue pour être une langue de communication internationale univoque : L’espéranto en 2015 1/2 et L’espéranto en 2015 2/2

 

 

 

8 réflexions sur “Globish or not globish ?

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