Le « conflit » territorial des îles Senkaku entre Chine et Japon : pourquoi se disputer un archipel inhabité dont on avait oublié l’existence avant 1971 ?

Le « conflit » des îles Senkaku me semble une manière de focaliser l’attention des opinions publiques et des journalistes sur un point géopolitique marginal et d’oublier des problématiques beaucoup plus importantes pour le présent et l’avenir de la Chine (urbanisation galopante, pollution, vieillissement à venir de la population) et du Japon (nucléaire, concentration des activités et de la population dans la Mégalopole, vieillissement actuel de la population).

îles Senkaku photo

L’archipel inhabité des îles Senkaku : 7 km² dans l’océan Pacifique, un point de tension entre Chine et Japon, à l’ère du droit de la mer issu de la Convention de Montego Bay de 1982

De quoi s’agit-il ?

D’un point de tension depuis 1971 entre la République Populaire de Chine et le Japon pour la possession d’un archipel inhabité de 7 km² situé en mer de Chine orientale au nord-est de Taïwan et à l’ouest de l’archipel japonais des Ryukyu où se trouve l’île d’Okinawa.

Est-il est vraiment sérieux de se disputer un territoire aussi microscopique qui ne compte aucun habitant et qu’on avait totalement oublié alors que l’on a autant d’intérêt à coopérer et échanger pacifiquement quand on est la Chine et le Japon de 2019 même si les relations du premier XX e siècle ont été calamiteuses ?

A qui appartient cet archipel ?

Du côté chinois, on affirme que, durant la Dynastie Qing (1644-1911), les îles étaient des possessions chinoises, avant d’être annexées par le Japon en 1895 en même temps que l’île de Formose (Taïwan) après le traité de Shimonoseki.

Effectivement à cette époque (fin XIX e siècle et suite à la modernisation économique rapide qu’ils connaissent à partir de l’ère Meiji) les Japonais se lancent dans une politique coloniale expansionniste assez similaire à celle des grandes puissances européennes de l’époque (France, Royaume Uni et Allemagne).

Mais, à la fin de la Seconde Guerre mondiale la Chine (qui est dans le camp des vainqueurs) exige que le Japon (vaincu) rende tous les territoires qu’il a obtenu par violence et cupidité : la Chine récupère ainsi Taïwan… mais pas les îles Senkaku… apparemment elle les oublie vu qu’elles sont indiquées sur la carte sous leur nom japonais de « Senkaku » et non sous leur nom chinois « Diaoyu » !

Ainsi, si on a bien suivi, ces îlots, a priori chinois, restent en 1945 dans l’aire d’influence du Japon mais, en fait, à cette date, cette région n’est plus que l’aire d’influence des États-Unis. Les Américains occupent en effet l’archipel nippon de 1945 à 1950, et notamment l’archipel des Ryukyu qui est le plus méridional, où l’on trouve l’île d’Okinawa.

Si le différend apparaît à partir de 1971 c’est que c’est seulement à cette date que les États-Unis rendent aux Japonais l’archipel des Ryukyu ce, à la condition de pouvoir y conserver leurs bases militaires.

C’est donc à ce moment-là que Taïwan comme la République Populaire de Chine commencent à se plaindre du fait que les Japonais ont, par la même occasion, récupéré l’archipel des Senkaku.

Résumons :

  • Pour Pékin cet archipel est une dépendance de Taïwan à laquelle il appartiendrait de droit : il est donc chinois.
  • Pour Tokyo, le droit international fait que cet archipel lui appartient et il  le contrôle.
îles Senkaku.png

Une carte permettant de visualiser l’espace concerné tiré du blog Classe internationale

Est-ce vraiment sérieux ?

Peut-on réellement imaginer qu’un pays de près d’1,4 milliard d’habitants qui dispose d’un territoire d’environ 9,6 millions de km² (la Chine)  puisse faire monter la tension internationale de manière importante pour récupérer 7 km² de terres inhabitées  contrôlées par le Japon ?

Nos élèves de Terminale ne manqueront pas d’essayer de nous expliquer que compte-tenu du nouveau droit de la mer (élaboré à la Conférence de Montego Bay en 1982)  et du concept de ZEE (Zone Économique Exclusive,   il est très intéressant  pour un État de pouvoir disposer d’un archipel de 7 km²… puisqu’on a potentiellement dans cette zone des ressources pétrolières et halieutiques (bref… pour faire moins pédant du poisson !)

Qu’est-ce que le nouveau droit de la mer ?

Rappelons en effet ce qu’est une ZEE (Zone Économique Exclusive) selon la Convention de Montego Bay (1982) qui a fixé le droit international de la mer :

  • C’est « l’espace maritime sur lequel un État côtier exerce des droits souverains en matière d’exploration et d’usage des ressources. »

 

  • Il s’étend sur une largeur de 200 milles marins (= 370 km) à partir du littoral

 

  • Il est possible sous certaines conditions de demander une extension de la ZEE jusqu’à 350 milles.
schéma ZEE.gif

Un schéma qui explique ce qu’est une ZEE tiré du site du Sénat (qui donne toutes les définitions)

 

L’exemple des Senkaku montre qu’effectivement des différents se sont multipliés depuis l’application de cette convention concernent les zones du globe fragmentées politiquement et où l’on trouve de nombreuses îles (parfois désertes) mais aussi les espaces très peu appropriés (comme la région de l’Arctique) :

ZEE carte monde

La visualisation d’une bande de 200 milles marins à partir des littoraux, met en évidence les espaces susceptibles de poser problème : Arctique, Pacifique sud-ouest

Toutefois il est déjà difficile d’exploiter les ressources d’un territoire terrestre peu peuplé -surtout quand il se situe dans une zone climatique aux fortes contraintes (désert chaud, désert froid, montagne, forêt dense, région tropicale soumise à des cyclones et à des fortes précipitations).

Cette difficulté est renforcée quand on est sur la mer et augmente considérablement les coûts d’exploitation. Il ne deviennent supportables que si on peut exploiter une ressource rare et vendue extrêmement cher. Franchement soyons sérieux : est-ce qu’il est envisageable pour la Chine de se battre pour aller exploiter du pétrole en mer de Chine méridionale dans une zone sismique traversée par les cyclones ?  Son grand projet des routes de la Soie montre qu’elle semble avoir d’autres ambitions géopolitiques !

 

Pour aller plus loin on pourra lire avec intérêt l’article en français de l’ambassade du Japon qui expose de manière très précise la position japonaise officielle : les îles Senkaku. Cet article se conclut ainsi :

Depuis la normalisation de ses relations diplomatiques avec la Chine, le Japon n’a cessé de soutenir les politiques de réforme et de développement menées dans ce pays, y compris via une aide publique au développement (APD) de plus de 3000 milliards de yens, avec la conviction que le développement de la Chine en tant que membre responsable de la communauté internationale bénéficierait à la stabilité et à un développement accru de la région Asie-Pacifique.
Le Japon continue d’accorder une grande importance aux relations sino-japonaises, qui comptent parmi ses relations bilatérales les plus importantes. Le développement stable des relations sino-japonaises profitera non seulement aux peuples des deux pays, mais également à la région et à la communauté internationale.

(J’ai mis en gras les éléments les plus importants qui me semblent aller dans le sens de ce que le chapitre de Terminale Japon-Chine, concurrences régionales, ambitions mondiales suggère d’évoquer. De plus, la carte de l’article Les IDE et la mondialisation visualise indirectement cet investissement massif du Japon vers la Chine et plus largement vers l’Asie orientale.)

Un article beaucoup plus détaillé sur cette thématique se trouve sur le blog « Classe internationale » (qui est rédigé par de jeunes diplômés de Sciences Politiques) mais cet article est de 2015 or fin octobre 2018 Shinzo Abe et Xi Jinping se sont retrouvés à Pékin pour discuter sérieusement et ce conflit semble sorti désormais de la phase où chacun met de l’huile sur le feu : Les îles Senkaku Diaoyu : l’archipel de la discorde.

 

 

2 réflexions sur “Le « conflit » territorial des îles Senkaku entre Chine et Japon : pourquoi se disputer un archipel inhabité dont on avait oublié l’existence avant 1971 ?

  1. Pingback: Sommaire « A propos de la Chine et du Japon  | «amnistiegenerale

  2. Pingback: L’Angola, un exemple de décollage d’un pays d’Afrique australe dopé par le pétrole ? | amnistiegenerale

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s