Le Tibet, Tintin et le Dalaï Lama !

Un nouvel article après ceux sur la Mandchourie (La Mandchourie : un petit repérage et le Xinjiang (le Xinjiang : le « far west » chinois ?) et l’île d’Hainan (L’île chinoise d’Hainan en mer de Chine méridionale : touristes, sous-marins nucléaires et fusées…) pour présenter une région importante pour la géopolitique de la Chine.

Porte de sortie de Lhassa sur la belle grande route (déserte) qui la relie au reste de la Chine
Tintin et le capitaine Haddock croisent dans la montagne tibétaine une procession de moines bouddhistes à une époque l’on se déplace à pied

Le titre est volontairement un peu provocateur puisque dans l’imaginaire des Français d’un certain âge cette grande région autonome de la République Populaire de Chine qui occupe le plateau himalayen est souvent associée à un album des aventures de Tintin (Tintin au Tibet) mais aussi à la figure du Dalaï Lama, ce sage bouddhiste, en exil en Inde depuis la fin des années 1950 chassé de Lhassa par les autorités communistes.

Précisons qu’il existe deux albums des aventures de Tintin qui évoquent la Chine des années 1930 : Tintin et le Lotus bleu (qui se passe en partie à Shanghai) et Tintin au Tibet. Le géographe y trouve des dessins qui décrivent bien les paysages géographiques de l’époque (mais aussi reprennent certains préjugés) : le Tibet y est présenté comme une région de haute montagne où l’on se déplace à pied (ou avec des yaks).

L’album Tintin au Tibet paru en 1960 : c’est le 2e album d’Hergé concernant la Chine (l’autre est plus ancien Tintin et le lotus bleu et se passe à Shanghai)

On y découvre donc l’environnement géographique et culturel du Tibet dans les années 1930 : des paysages montagneux marqués par la neige, l’existence de monastères bouddhistes qu’on trouve dans tout l’Himalaya (sur le versant nord au Tibet et sur le versant sud : au Népal et en Inde). On y découvre aussi l’animal de trait emblématique de l’Himalaya : le yak (dans le reste de l’Asie centrale là où les altitudes sont moins importants c’est le chameau de Bactriane).

Un yak domestique au Tibet : c’est le seul animal de trait qui peut supporter l’altitude et la neige et vient remplacer l’autre animal de trait d’Asie centrale adapté au froid qu’on trouve dans les régions moins élevées et moins pentues comme le Xinjiang : le chameau de Bactriane

Mais qui est le Dalaï Lama, chef spirituel du bouddhisme tibétain ?

La figure du 14e Dalaï Lama représente un point de friction entre la République Populaire de Chine et les Occidentaux

Le Dalaï Lama à gauche (né en 1935) et l’archevêque anglican d’Afrique du Sud Desmond Tutu (1931-2021) qui a œuvré contre l’apartheid sur un plateau télé en 2008 à Seattle : deux hommes de foi, de la même génération, dont la vie a été marquée par l’expérience de la répression.

Tenzin Gyatso est né en 1935, il est le 14e Dalaï Lama (la transmission se fait à un individu perçu comme la réincarnation du précédent). En 1939 il a été officiellement reconnu par les moines tibétains comme la réincarnation du 13e Dalaï Lama (qui était mort en 1933) (il n’a pas 5 ans) puis élevé à Lhassa dans le palais du Potola et officiellement intronisé comme chef politique et religieux en 1950, c’est-à-dire au moment où la République Populaire de Chine reprend le contrôle de Tibet.

Effectivement si le Tibet a historiquement fait partie de l’Empire de Chine, l’affaiblissement du pouvoir des Qing au XIX e siècle puis la guerre civile ont fait que le Tibet était pratiquement indépendant à l’époque du 13e Dalaï Lama qui a gouverné de 1895 à sa mort en 1933.

Un film franco-américain qui a eu beaucoup de succès Sept ans au Tibet (1997) de Jean-Jacques Annaud avec Kévin Costner (sur une bande originale du compositeur John Williams) raconte un épisode réel qui se passe pendant la Seconde Guerre mondiale. Il décrit l’amitié qui se crée entre le jeune Dalaï Lama et un alpiniste allemand venu escalader l’Himalaya et qui se retrouve coincé à cause de la guerre. Ce film a

Les paysages sont magnifiques (même si le film a surtout été tourné en Argentine car jamais les autorités chinoises n’auraient autorisé un tournage au Tibet !), l’histoire est originale et très embellie… du coup ce film est perçu par les autorités chinoises comme un film de propagande en faveur de l’indépendance du Tibet.

Or ce sont ces deux références qui imprègnent notre imaginaire de Français concernant la géopolitique du Tibet.

la pochette du disque de la bande-son de Sept ans au Tibet (1997)

En 1959 les Tibétains se soulèvent contre la République Populaire de Chine, le Dalaï Lama qui depuis 1950 avait acccepté la présence ces communistes chinois et son gouvernement partent en exil au Nord de l’Inde à Dharamsala (qu’on appelle du coup parfois la petite Lhassa où ils vivent toujours).

Le désenclavement récent du Tibet

Entretemps la Chine a sans cesse réaffirmé sa souveraineté sur le Tibet, a développé les transports (fer et route), permis une immigration de Hans et une fréquentation touristique des sites les plus spectaculaires. Ainsi le palais du Potola à Lhassa est classé sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1994 (on trouve son descriptif sur le site officiel ici

Le palais du Potala à Lhassa (2020) qui était la résidence du Dalaï Lama jusqu’en 1959 et domine la ville de Lhassa au Tibet qui se situe à 3650 m d’altitude
Le billet chinois de 50 yuan représente au verso la palais du Potola à Lhassa, capitale du Tibet (celui-ci date de 1999 mais il est toujours imprimé sous cette version et en vigueur aujourd’hui)
Au recto du même billet la figure de Mao Zedong 毛 泽 (1893-1976) (qui est le plus souvent représenté quand il est jeune)
Depuis le palais du Potola vue sur le bas de la ville et la place où est installé le Tibet Peaceful Liberation Monument édifié en 2003 qui rappelle comment en 1950 la République Populaire de Chine a intégré pacifiquement le Tibet en sortant cette province arriérée du joug esclavagiste de la société traditionnelle tibétaine pour lui proposer une modernisation nécessaire.

Voici quelques exemples assez stupéfiants de ces infrastructures modernes et pour l’instant très sous utilisées qui ont désenclavé la ville de Lhassa

La gare terminus surdimensionnée et vide de Lhassa (340 m de long, un bâtiment avec 2 étages et un souterrain) se situe à 5 km du palais du Potola. Elle a été inaugurée en 2006 (la photo date de juin 2018)
Ligne ferroviaire de 1100 km qui relie Lhassa (3650 m d’altitude) au reste de la Chine : elle a été mise en service en 2006.

Ainsi la Chine actuelle est très susceptible quand un Occidental met en cause la souveraineté de Pékin sur le Tibet. Elle veille à valoriser le patrimoine culturel de ses minorités notamment tibétaines (notamment par des inscriptions au patrimoine de l’UNESCO et en y développant le tourisme domestique depuis les grandes métropoles modernes, favorise l’implantation des Hans pour développer ces régions en retard de développement et sous peuplées et ne supporte pas qu’on remette en cause cette vision géopolitique.

Une réflexion sur “Le Tibet, Tintin et le Dalaï Lama !

  1. Pingback: Vous reprendrez bien un peu de géographie de la Chine ? | amnistiegenerale

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